Rétrogeek

21 juin 2016

Guy Player Manager Championship Roux Soccer

Jusqu'à l'article récent sur Player Player, le football était relégué en D2 du blog.

Pourquoi ? Probablement parce que je m'en étais distancié, le ridicule de son environnement aidant. 

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Pourtant, « le ballon est notre ami », c’est du moins ce que prêche Olivier Aton, attaquant-meneur-libero et capitaine courage de l'éternelle New Team.

Or, l’amitié procède d'une alchimie mémorielle complexe. Tout édifice repose sur une base construite dans le temps. Si sa tête oublie son tronc, le sol se rappellera un jour à elle... et sûrement de manière brutale. Il en va d'un palais comme d'une relation, d'un royaume comme d'une vie (dédicace Jérome C.).

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Ce syllogisme, en rien tiré par les cheveux, conclut à une nécessaire rétrospective sur le sport préféré des manchots, telle le témoignage, par conjonction, de ma fidèle et indéfectible affection pour le ballon rond (que je partage avec deux tiers de l'humanité et mes fistons).

Aussi, guidée par la logique des vieux barbus grecs, ai-je décidé d'offrir une singulière tribune d’expression à la bagatelle la plus sérieuse du monde (Christian Bromberger, Bayard, 1998). Toutefois, nous ne pénétrerons dans le stade, ni par le kop de Boulogne, ni par le virage d'Auteuil, mais par la sacro-sainte entrée des joueurs, le couloir de vérité. La place qui nous est dévolue est certes exposée aux intempéries et au vent, mais les véritables sorciers savent commander le ciel et libérer le soleil.

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Vous l'aurez compris, le focus de ce papier s'attarde peu sur la dialectique masochiste qu'entretiennent le cuir tendu d'un ballon surgonflé et le corps encore fumant d'un joueur du dimanche qui chercherait vainement à enchaîner deux dribbles sur le terrain gras et marécageux du Bout du Clos. 

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Non, nous ne reviendrons pas non plus ici sur les facétieuses répliques de commentateurs sportifs, jadis adulés, emportés par leur enthousiasme chauvin, leur mauvaise foi sans nom et leurs préjugés péremptoires et dégradants (cf. la thèse anatomo-anthropologique sur la nonchalance du joueur noir par Thierry Roland). Non, nous ne revivrons pas ensemble la grande victoire du PSG contre le Real, vécue, pour ma part, en direct chez Pierre K (et oui, j'avais pas Canal).

1565058116_B976854826ZPar conséquent, nous ne reverrons pas au ralenti l'envolée céleste de son chat, alors ronronnant en boule sur mes genoux, lorsque j'eus bondi du canapé en réaction au fraaaaaacassant coup de boule victorieux du casque d'or kanak.

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L'orientation choisie est somme toute plus sérieuse car business. Elle renvoie à la profession que j'ai exercée à tiers-temps de l'âge de 13 à 21 ans (le reste de mes journées était dévolu à l'école, au skate, au football, aux copains puis copine). J'ai officié pour le compte de nombreux clubs. J'ai conquis toutefois l'essentiel de mon palmarès avec Dundee FC (!?!), le RC Strasbourg (!?$?#!) et le Paris Saint-Germain (allez Paris !) dont j'ai couvert une trentaine de saisons cumulées, toutes les campagnes européennes et ai œuvré à son ascension au sommet du Monde.

Vous ignoriez peut-être ce pan de ma vie ?

Pourtant, vous ne rêvez pas. Je suis bien le fameux Bencsak (ou Dragan Ratkovic ou encore Sinisa Milosevic selon le jeu), manager de renommée internationale, cet homme (car je reste un homme avant tout, quoique le magazine Forbes ait découvert une filiation divine au sein de ma lignée) capable d'amener aux plus émouvantes victoires une équipe de bras cassés et têtes de pioche dont la valeur marchande avoisinait en début de championnat un SMIC horaire.

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Pas de chichi ou fausse modestie, c'est moi qui ai fait venir Ronaldhino du Gremio, qui ai signé les argentins Zanetti, Riquelme et Tevez. J'ai relancé la carrière de Nicolas Ouedec pour en faire la star interplanétaire que vous connaissez aujourd'hui et ai évité à Patrice Loko de fâcheux désagréments avec la police des mœurs.

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Commercialement, je fus le Jean-Claude Convenant de la vente surcotée de joueurs dont le talent intrinsèque avoisinait celui d'un Matt Moussillou. Pour les non-initiés, Matt Pokora (ou Kopodboa, comme on veut) serait un juste équivalent R’nBique à la comparaison.
J'ai abusivement profité de l'arrêt Bosman en opérant un nombre incalculable de transferts gratuits de footballeurs en fin de contrat que j'avais charmé 6 mois plus tôt à grands coups de "tu seras un jour indispensable à l'effectif, signe chez nous".

Moi, mito ? Peut-être mais pas cette fois-ci.

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On goûte à la douce et on termine à la dure. L’escalade dans la dépendance a prise dans la pure comme dans les jeux vidéo. Après mes premières taffes sur Player Manager, les gros trips s’amorcèrent avec The Manager (à gauche).

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Guy Roux fut le premier importateur de xeu sur le marché français. Championship Manager (séquelle vidéoludique du bourguignon) organisa ensuite le deal des opiacés et autres dérivés morphiniques dans toute l'Europe. Enfin, l'Entraîneur annonça l'heure de mon sevrage (trop, c'est trop!), condition sine qua non à l'essor de ma vie sociale d'adulte.

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Je ne détaillerai pas ici les différents jeux et leurs atouts quoique mon envie soit bien vivace. Si vous êtes toutefois en manque, reportez-vous aux origines du fléau (article sur Player Manager), elles devraient limiter la douleur de vos spasmes. Non, réservons-nous ce fastidieux travail d'écriture (et de lecture) pour les prochains jours de pluie et ciblons plutôt notre rétrospection sur les transformations que suscitent, chez l'enfant puis l'adolescent, les jeux de management.

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L'étude de Player Manager a mis en évidence la bascule de l'enfant vers une intellectualisation de son divertissement. Le jouet devient jeu, autrement dit, le rapport spatial et manuel au monde se complète d'une relation temporelle et intellectualisante où le concept et la virtualité génèrent aussi des émotions. Cet apprentissage clé, qui nous sépare de nombreux animaux, se double d'une immersion précoce dans des préoccupations économiques où l'équilibre budgétaire, l'atteinte d'objectifs, la rentabilité, la prise de décision stratégique complètent le plaisir du jeu.

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A mesure que l'expérience vidéoludique s'accumule, le jeu tend à se transformer en une sorte d'exutoire inconscient faisant écho aux premières désillusions 

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réelles ou anticipées de la vie. La recherche de la simulation ultime devient une quête de dépassement de soi-même dont l'objectif inavoué serait d'accéder à cette gloire dont nous pressentons, dès la préadolescence, qu'elle nous échappera même après la mort. Le pseudo-réalisme du jeu trouve son pendant dans l'apprentissage du terrible principe de réalité qui défait les ambitions les plus précoces et imaginatives des jeunes boutonneux.

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"Je ne serai à coup sur jamais ce grand entraîneur, self-made man, à la tête d'un club jadis champêtre devenu champion, ayant fait les carrières des plus grands joueurs de la planète et qui aurait vu ériger sa statue, de son vivant, sur le parvis du stade historique de la ville dont les clefs lui auraient été remises par une foule en liesse éternellement reconnaissante de l'avoir sortie du ruisseaux."

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Et savez-vous pourquoi j'étais autant sur de mon fait ? Pourquoi mes rêves de grandeur se sont évanouis alors même que tout était encore possible ? Car après tout, il suffisait de prendre le large une fois le Bac en poche, quitter ma douillette chambre et son papier peint aux jolis bateaux bleus et embrasser l'aventure en embarquant sur un rafiot rouillé au pavillon russe dont les marins prétendaient qu'il barrait à l'ouest. Pourquoi diable ai-je renoncé sans même essayer ?

  • Parce que je suis un modeste footballeur du dimanche et que tous les entraîneurs ou presque ont un jour été pro avant de vociférer devant leur ligne de touche ? Oui l'argument pèse.
  • Parce que j'ignore tout du milieu du foot sinon les abondants ragots et potins consommés comme nourriture spirituelle tous les mardis que France Football fit ? Probablement, oui.
  • Parce que, pour gagner, je triche et ne pourrai jamais revenir dans la vraie vie à la sauvegarde précédente ? C'est une bonne raison qu'il nous faut commenter.

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Le jeu a longtemps porté cette faille (ou bénédiction) qui permettait de sauvegarder sa partie à chaque nouvelle action qu'on entreprenait. Si par malheur, le choix opéré s'avérait à court ou moyen terme inapproprié ou pire, s'il engageait l'équipe dans la spirale infernale de la décadence, il suffisait de couper court et de rejouer l'histoire bien avant que les germes de la maladie ne soit inoculés au porteur sain (sous réserve qu'on se souvienne du moment exact, façon Armée des 12 Singes ou que la sauvegarde demeure).

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Comprenez bien que chaque partie équivalait à des dizaines de saisons, qui comptabilisaient des milliers d'heures de jeu à prospecter partout sur la planète pour dénicher la perle rare (notamment aux tout premiers temps du jeu), monter son équipe dans une rigueur quasi scientifique, jouer les matchs avec panache pour valoriser les pires tréteaux, remporter les compétitions et décrocher la timbale. De tels enjeux ne peuvent être appréhendés sans action de maîtrise des risques, vous en conviendrez.

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Aux premiers temps d'une partie, on joue sans peur et sans filet, jamais certain de ne pas abandonner la partie. On tient aussi à manager dans les règles de l'art. Pour se rassurer aussi sur sa capacité à être bon le jour où on sera contraint d'être clean. Et puis, à mesure que la trajectoire se construit, qu'on personnalise son équipe, les considérations prennent une dimension égomaniaque. C'est une histoire que l'on façonne,  une carrière menée comme simple mercenaire orgueilleux ou vécue fusionnellement avec le club dont on a choisi de porter les couleurs. Dans ces circonstances, il devient irraisonnable de confier la destinée du royaume ou du roi à la glorieuse incertitude du sport (qui reste très présente même après avoir pillé les petits voisins) ou à la protection d'un seul homme, aussi doué soit-il.

Tel fut donc l'ultime rempart à tout déclin... jusqu'à l'intervention d'un certain Jean-François, un jour de printemps de la décennie 90.

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Dans la plupart des foyers, les interrupteurs muraux activent un plafonnier ou une lumière d'appoint. Dans ma chambre, il éteignait juste une prise... celle à laquelle l'AMIGA (qui aurait pu s'appeler Amigo tant j'ai passé de temps avec lui) était branché. Or, le fameux J-F, très heureux de me rendre visite en ce samedi après-midi, a jugé bon d'apporter un peu de lumière à ma sinistre tanière de geek. Dans ces conditions, quoi de plus normal que d'appuyer sur le bouton jouxtant la porte d'entrée. Le courant se coupa net à un moment critique du déroulé du plan de maîtrise des risques, au beau milieu du processus de sauvegarde, au coeur de la procédure de compilation des paquets.

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L'action eut un effet dévastateur sur ma partie de Guy Roux Manager. Alors que j'entrainais depuis 15 ans le RC Strasbourg et comptais dans mes rangs des joueurs plus précieux que le youcouncoun, l'histoire s'effaça après cet enthousiaste "Salut Ben" ! Clic !

Noir...

Ecran ?

Stupeur

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Relancer la machine. Patience, ça charge...

#Glups

#raaaaaaaah

#putai!$d;s@m€rr

cahuzac-ouverture-procesLa sauvegarde était corrompue. Quelle ironie du sort pour le truqueur invétéré que j'étais ! Tomber pour corruption du système, moi qui n'avait jamais été démasqué quelles que fussent mes bassesses.

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Enième témoignage de la suffisance journalistique, ni L'Equipe, ni l'Est Républicain n'eurent la délicatesse d'informer le peuple français ou même les cantons d'Alsace de la tragédie qui s'était produite dans les travées de la Meinau (comprenez le stade du RC Strasbourg). Les médias n'avaient d'ailleurs jamais relayé le moindre de mes exploits.

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Ni mes parcours en coupe d'Europe, ni mes victorieuses prises de fonction de l'équipe de France. Rien. Nada. Ils m'ont toujours boudé, préférant certainement les Chesterfield capitonnés des salons parisiens aux bancs en bois de la salle polyvalente, gracieusement prêtés par la mairie, alignés pour célébrer la récolte de l'orge.

Le management virtuel, c'est l'apprentissage de ce que nous ne pouvons être, très précisément car nous savons qui nous sommes et comment nous en sommes arrivés là. La fraude pénètre la pratique ordinaire pour servir des desseins qui dépassent le jeu lui-même. Dans ce contexte, la tricherie n'est d'ailleurs pas nécessairement vécue de manière amorale dans la mesure où il est plus fastidieux de tricher pour atteindre les sommets que de stagner loyalement. Combien d'essais nécessaires pour construire une équipe de winners dès la première saison ? 400 chargements ? 50 heures de jeu ?

Mais qu'importe.

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Comprenez bien que le manager-truqueur est un stakhanoviste. C'est son intolérance du défaut ou de l'acte manqué qui le fait basculer du côté sombre. Les victoires sont presque secondaires devant l'esthétisme de la perfection à laquelle il aspire.

Cette virtualisation de la trajectoire personnelle vaut pour les jeux de management comme pour les jeux de rôles dont on forge l'expérience de ses héros au gré des quêtes et déambulations. Evidemment, moins le jeu est scripté, plus la liberté nous enivre et nous incite à croire à l'histoire que nous racontons. Mais nous ne sommes pas dupes. Quoique... Après tant d'heures à dénicher la jeune pépite, la fiction rejoint parfois la réalité.

La base de données de l'Entraîneur a ouvert aux premières jonctions entre jeu et réalité. Sa précision, la justesse globale des évaluations, son algorithme de progression des joueurs, en ont fait un outil quasi prédictif. Qui ne s'est pas surpris à flairer plusieurs années avant leur avènement réel des joueurs dont aujourd'hui les supporters scandent le nom ?

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Laissez-moi vous raconter une anecdote. Année 2004, je débute un stage dans un célèbre club alors entraîné par un dénommé Luis. Je trépignais de lui soumettre quelques noms pour enrichir l'équipe que je supportais. Après quelques semaines en poste, j'ai pris mon courage à deux mains, et lui ai remis une liste de joueurs dont j'avais éprouvé les grandes qualités dans plusieurs parties de l'Entraîneur. De jeunes joueurs, pas chers, qui s'étaient révélés de vrais tueurs pendant 10 à 15 ans de jeu. J'ai pensé que les recruteurs pourraient s'attarder sur un ou deux noms cités. Malheureusement, Luis en a décidé autrement, en voyant notamment que les footballeurs en question étaient originaires de pays dont il ne maîtrisait pas la langue (c'est-à-dire ni français ni espagnols). Par ailleurs, il n'en connaissait aucun de la liste et cela lui a suffi à ne pas donner suite. J'ai d'ailleurs retrouvé cette liste, abandonnée quelques jours plus tard, à l'endroit même de sa remise au natif de Tarifa. Bon, en même temps, on devait lui proposer 3 ou 4 joueurs par jour ; ça doit finir par lasser.

J'étais évidemment déçu me prenant de plein fouet le fameux principe de réalité évoqué un peu plus haut. Ma simulation n'est qu'un jeu, une sorte de condition dont on ne peut sortir bien qu'elle nous ait donné quelques qualités pour agir réellement : le goût du travail, de l'abnégation, de la réussite, de l'efficience.

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10 ans plus tard, l'histoire retiendra que tous les jeunes footballeurs mentionnés sur mon petit papier ont fini internationaux. Certains ont réalisés de très grandes carrière parmi lesquels le petit Zlatan Ibrahimovic âgé de 17 ans, alors minot du Malmö FF. Mes tuyaux n'étaient pas donc troués mais qui aurait pu raisonnablement les prendre pour argent comptant... sans sauvegarde préalable.

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Blague à part, après avoir phosphoré sur le passage du jouet au jeu avec Player Manager, The Manager, Guy Roux Manager, Championship Manager et l'Entraîneur m'ont fait basculer dans la profondeur, la noirceur oserai-je dire, de la simulation. Mais si simuler ressemble à agir, l'adolescent se heurte à des murs infranchissables dès lors qu'il envisagerait d'entrer réellement en piste.

La simulation suscite des vocations et les aide à advenir ; elle provoque aussi et surtout l'acceptation précoce de l'impossible, la résignation. Dans sa quête de réalisme, elle met à mal le rêve et nous renvoie à notre condition de petit nul dans sa chambre d'ado, que nous vivons à la manière d'un indou qui ne pourrait s'élever de sa caste. A tort ou à raison, j'ai revu mes ambitions réelles à la baisse à mesure que je me révélais virtuellement.

Nous vivons à vitesse accélérée des succès fictifs qui finissent par fausser notre véritable rapport au temps.

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En enchainant des dizaines d'années de jeu sur des centaines d'heures, la fougueuse envie du jeune premier s'est tarie au crépuscule d'une carrière admirablement remplie. Tous les défis ont été relevés dans le brio de la tricherie.

Le spleen du vétéran s'est emparé de moi, a étanché ma soif en me désséchant. La simulation possède un étrange pouvoir : nous faire vieillir prématurément.


03 novembre 2011

Player Manager

ennemi-public-1931-03-gTout commença après qu'un certain Delanois, lui-même copain du frère de Christian S, anciennement dealer monopolistique de la ville de Meurpas sur Amstrad CPC,  m'eut copié, contre francs sonnants et trébuchants, un spin-off AMIGA de Kick Off nommé Player Manager. Le piratage 1117289070-00s’apparentait alors à une contrebande d’alcool, organisée par de jeunes casiers judiciaires vierges dont l’apprentissage et le réseau s’était fait sur le tas. Des chaînes de production X-copy à la programmation du crack des jeux, le whisky se brassait dans les chambres et la came s’écoulait par boites entières de disquettes 3 pouces 1/4.

Délaissé dans les premiers temps au profit d'Opération Stealth et autre Bio Challenge, je finis par m'intéresser à Player Manager après que mon frangin amiga500eut enquillé plusieurs saisons (tout en manifestant un méprisant dédain de fin d’adolescence pour le jeu et la machine qui l’accueillait), soit de nombreuses heures, des soirs entiers, les weekends... bref, il a pas mal squatté mon AMIGA et m'a contraint à regarder, faute de mieux (comprenez jouer à autre chose),1086_box1ses exploits et ceux de ses joueurs fétiches : T. Butler (défenseur infranchissable, boucher à ses heures), A.I. Payne (ailier feu follet) ou encore J. Jordan (buteur prolifique, probablement dopé tant il plantait buts sur buts).

Le jeu d'Anco vous permet de devenir l'entraîneur-joueur d’un club anonyme, le Dundee FC (ça fait rêver). Incarnant Alex Reeves par défaut, vous êtes un footballeur aux qualités indéniables dont la fin de carrière approche à grands pas. Les reines du club vous ont été confiées sous couvert de votre glorieuse expérience d’international trentenaire (à la manière d’un Ruud Gullit, fut un temps, avec Chelsea), garantie illusoire de résultats futurs, suffisamment convaincante aux yeux des dirigeants pour qu’ils vous accordent toute leur confiance (dutongue-peanut-butter moins en début de saison). Accessoirement, il vous reste encore deux jambes et une tête, au moins pour les deux saisons à venir (après quoi la retraite pointera le bout de son nez), et elles ne seront pas de trop pour suppléer la maladresse et la désopilante mollesse de vos coéquipiers, gavés aux antidépresseurs et au beurre de cacahouète (nourriture canine appréciée comme l'atteste la photo ci-contre).

Zipstick_super_proEt oui, votre équipe est nulle, abusivement nulle et n’est absolument pas au niveau de vos adversaires, dont les joueurs galopent et en ont dans les chaussettes. Seul votre art du joystick (comprenez une manette de jeu dans les années 80-90) et le relais d’Alex Reeves (encore lui) peuvent mener l’équipe à la victoire (et permettre, à terme, au club de recruter de vrais footballeurs avec lesquels vous prendrez plaisir à jouer). Car, vous jouez vraiment dans Player Manager ! Vous courez, passez et tirez par l’entremise de vos petits doigts musclés. Le moteur du jeu est en tout point identique à celui de Kick Off, premier du nom. Tous les ingrédients de la formule à succès sont présents :

  • la jouabilité exigeante,
  • la conduite de balle délicate, tout en « poussé de ballon » (comme au ski),
  • la vitesse des courses,
  • les glissades de quinze mètres qui se transforment en tacles assassins involontaires,
  • les attentats délibérément meurtriers,
  • les frappes de balle détonantes,
  • les envolés supermanesques des gardiens de but,
  • les scores fleuves,
  • le terrain vu du dessus, évidemment en 2D, longtemps resté la représentation unique d’un match de foot vidéoludique (Boultra étant précurseur en la matière). 

Un choix crucial vous est offert en début de carrière sur la partie match : la prise en main de l’équipe entière ou uniquement celle d’Alex Reeves.
Dans ce premier cas, moyennant quelques heures de pratique et des Horse_in_mudaffrontements multipliés entre copains, vous devriez rapidement remporter vos premiers succès et ce, malgré la lourdeur des sabots de vos bourrins, ventousés au bourbier verdissant qui vous sert de terrain (Alex Reeves surnageant, lui).

En mode individuel, l’affaire est un peu plus complexe : playermngrl’équipe joue sans vous. La qualité de chaque joueur s’exprime, pour le meilleur et pour le pire, indépendamment de votre action. Vous ne dirigez qu’Alex Reeves, capitaine esseulé sur le flanc droit de l’attaque (si vous avez privilégié un ambitieux 4-3-3 en début de match).

De deux choses l’une :

  • ou bien vous attendez une hypothétique passe d’un de vos coéquipiers et vous perdrez (car la balle a terminé sa course dans une zone marécageuse du champ) ;
  • ou bien vous ne comptez que sur vous-même et optez pour d’épuisants allers-retours entre défense et attaque afin de rétablir l’équilibre des forces et terrasser l’adversaire.

hyperhidroseChaque match est un combat dont l’âpreté s’évalue à la moiteur des paumes et à votre état final d’énervement, remarqué par maman, au moment de passer à table. Quiconque s’est déjà essayé à l’exercice sait à quel point débuter un match implique d’être mentalement préparé. Tout joueur sérieusement mobilisé a besoin d’inspirer profondément avant chaque coup d’envoi. Tout peut arriver et vous ne pourrez même pas vous en prendre qu'à vous-même. Votre goal est si mauvais qu’il lui arrive de se trouer sur une balle trottant sur lui. La consternation et le dépit sont souvent ressentis lors d’une première saison, même si vous empo4920-chien_au_bouletrtez les matchs. Ces sentiments sont d’autant plus intenses que les efforts que vous fournissez pour inverser la tendance sont titanesques et impliquent un quasi sans faute de votre utilisation d’Alex Reeves. Imaginez-vous courir un cent mètres avec un boulet au pied. Rajoutez-en huit à vos chevilles et un sac de sable dans les cages et vous saurez ce que signifie « l’emporter à l’arraché » !

Mais qu’importe la difficulté, c’est bien ce mode de jeu individuel qui fait le sel de Player Manager et qui soumet votre soif de gloire à l'épreuve de la médiocrité d'un groupe.

player_manager_fr_anco_3Le jeu change toutefois de physionomie à mesure que vous1834enchainez les matches. Victoires à la clef, vous empochez vos premiers gains. La bonne santé financière de votre club favorise l’enrichissement de votre effectif à condition que vos choix de recrutement soient les plus avisés. Quand bien même vous achèteriez des tréteaux payés au prix d’une table, ils seront toujours plus stables que les poufs sur lesquels vous reposez. Bien sur, on finit par s’attacher au plus idiot des chiens. S’il est pris jeune et 400_image_robe%20natasha%20leopardsuit un rigoureux dressage, il vous rapportera peut-être le nonosse que vous lancerez. Mais c’est insuffisant pour rejoindre l’élite du soccer. Arrivera le jour où votre ambition sera telle que la maison manquera de place et paraitra un peu vieillotte aux yeux de Madame. Elle jugera alors les meubles galgui10démodés ou les rideaux défraichis et pestera contre le clébard boitant, bavant, puant et qui s’oublie fréquemment, par sénilité, sur la moquette du salon. Chef de famille, vous aurez à prendre la douloureuse décision de trouver un foyer d’accueil à vos compagnons les plus valides, livrer les moins hideux à la SPA et abandonner courageusement les porteurs de gale sur une aire d’autoroute.

tombe-terreCe discours vous choque ? Oubliez le business. Ses vapeurs fétides provoqueraient chez vous des nausées. Les coulisses du sport ne sentent pas que la sueur coubertine ; elles transpirent aussi l'immoralité. Le camphre qui parfume les vestiaires sert, en d'autres circonstances, à embaumer les morts... pour couvrir la pourriture qui ronge. "Cupides, profitezlucifer-bibouaujourd'hui, car viendra bientôt l'heure du jugement dernier. Votre descente aux enfers sera plus douloureuse qu'une relégation en CFA. Lucifer en personne assurera votre transit".

thumbnailCAO0PYH7Jean-Pierre Bernès : "Bon, bon... Faut pas nous plus que tout ça gâte la belle marchandise ! J'ai du yougo et du beau noir tous frais qui viennent d'arriver. Z'allez pas me laisser ça ?"

Bencsak : "Oui, ils ont l'air bien juteux. Mettez m'en 2-3 de côté pas trop faits et un petit carioca de saison, si vous avez. C'est pour le dessert de ce midi".

Mais rassurez-vous, Player Manager est loin d'être aussi malsaina_med_dinodinique ses successeurs dont je vous réserve des développements futurs. Le jeu de Dino Dini (Nous sommes tous heureux de mettre un visage (ci-contre) sur ce nom mythique) a permis aux passionnés wahhabistes du foot - entendez ceux qui actualisent, chaque été, des classeurs récapitulant toutes les mutations internationales contractées au cours de l'inter-saison - d'opérer une transition contre-nature : commander sans diriger.

schema_preparer_de_retraiteComment me direz-vous ? Tout simplement quand Alex Reeves fait valoir ses droits à la retraite à l'âge de 31 ans (le paramétrage est ainsi fait), soit deux saisons après votre prise en main officielle. En effet, dès que votre joueur-entraîneur emblématique quitte la scène, vous perdez votre influence directe sur les évènements du terrain et stressez, impuissant, devant les atermoiements de vos pixels en short. Vous serez paralizé par l'effroi en observant votre arrière droit s'élancer dans un tacle sans concession en pleine surface de réparation et sursauterez au retentissement du coup de sifflet strident de l'arbitre après que ce même geste ait abouti à l'inexorable chute de l'attaquant adverse, laissé pour mort dans la zone de vérité (voir, ci-dessous, la photo du crime ).

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Vous saisissez l'évidence : il est impératif de constituer une équipe solide au cours des deux premières saisons. Il en va de l'avenir du Dundee FC et du votre en tant que manager. Toutes vos lignes (attaque, milieu, défense, gardien) doivent être armées avant cette échéance fatidique. D'où l'absolue nécessité de jouir rapidement des recettes qui accompagnent les victoih-20-1705392-1253514821res tout en compressant les dépenses associées à la vie du club (salaires, déplacements...). Il vous faudra, à la barbe de la concurrence, engager des winners au meilleur prix et par voie de conséquence recycler vos déchets ou au moins vous en décharger (des zones méditerranéennes sont, paraît-il, aménagées pour leur entreposage).

Loin de toute simulation  réaliste (qui ne verra vraiment le jour qu'après l'an 2000), Player Manager est de ces charnières psychosociales 9074qui font passer l'enfant d'un âge à l'autre, de l'aire du jouet au temps du jeu. D'un rapport spatial et manuel, l'enfant fait pénétrer le divertissement dans une dimension temporelle, l'ouvre au monde des concepts et intellectualise la chose ludique. Les émotions jusqu'alors générées par le seul ressenti brut, réagissent aussi aux stimulations indirectes, voire par procuration. Si la joie, la frustration, l'angoisse, la tristesse sont vécues dans l'affrontement physique d'un alter, manette en main, ces émotions peuvent aussi naître d'un combat indirect opposant la machine à notre alius virtuel, cet autre dont nous avons fait notre hôte (comprenez l'équipe de joueurs dont vous êtes le manager et coach) et qui prend place sur le banc des copains, quoique l'enfant se garde de toute réification excessive.

139993Devenu lecteur assidu de Carl von Clausewitz, vous structurez le club, préparez l'équipe en vue d'échéances, améliorez les performances de vos joueurs, définissez la tactique opportune d'avant-match, sélectionnez les titulaires, contrez les plans adverses, réagissez aux aléas de match... Bref, vous orientez rationnellement vos décisions afin de maximiser vos chances de l'emporter. Une victoire est toujours, pour partie, hasardeuse. Dix victoires, c'est votre travail qui paye enfin. Les gri-gri peuvent être mis de côté (au moins momentanément) car la consécration est entre vos mains (et votre cerveau) et votre salut dans le cuir ciré de leurs godasses.

Faire ou faire faire, fantassin ou général, joueur ou manager... Choisissez votre art, grade ou contrat avec pour seules issues possibles, le triomphe ou l'exil.

11 mai 2010

Les céréales du matin

c7211472e894f57eSi une bonne nuit de sommeil favorise la vitalité de nos enfants, un petit-déjeuner riche en sucre, féculent et calcium leur apporte les vitamines nécessaires pour tenir... jusqu'à la barre de 0312fcéréales de la recrée... si possible du même holding.

Voici pour le message à caractère publicitaire vantant les mérites de l'alimentation du bétail au grain.

 

Je pourrais maintenant traiter du sujet sous un angle rétrospectif, comme nous en avons à présent l’habitude et comme la ligne éditoriale de ce blog m’y convie.

 

Evoquer le craquant des grains de riz soufflé comme déterminant lourd de ma passion pour l’overdrive grésillant d’une guitare amplifiée serait une attaque parfaitement centrée sur les problématiques qui nous préoccupent.

 

0310fDe même, décrire la sensation d’égorgement que provoque l’ingestion de lait saturé en sucre après que du blé caramélisé y ait trempé 5 pas_r_veill_minutes durant, apporterait sa pierre à cet édifice encore en chantier qu’est le structuralisme sensoriel.

 

Enfin, il serait cliniquement intéressant d’observer cet état végétatif dans lequel nous plonge les jeux présents au dos de chaque boite de céréales et qui semblent capturer l’intégralité des neurones éveillés avant 8h00.

 

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En outre, entre le labyrinthe dont il faut s’échapper (et c’est pas 0162dévident), le dessin à recomposer, la BD désopilante tenant en 6 cases, les vignettes Panini ou le gadget PIF tout collant planqué au fin fond du paquet (et qu’0310dil a fallu y mettre le bras pour le récupérer), le marketing s’est mis en branle pour inciter l’enfant, ici le guide d’opinion, à presser sa mère pour qu’elle s’auto-convint de renouveler, dès que possible, son judicieux achat. Elle vivra d’ailleurs très bien ce choix orienté, l’emballage affirmant « qu’y’a plein d’bonnes choses dedans ».

 

 

 

Et bien, de tout ceci, je ne vous parlerai pas et privilégierai un tout autre traitement du thème, en commençant notamment par aborder les effets secondaires sur nos petits corps d’un régime quotidien à base de céréales.

 

 

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Outre l'hyperactivité identifiée par nombre d'institutrices chez les garçons nourris aux pétales de maïs, blé ou riz soufflé sucré caramélisé chocolaté, l'hypercholestérolémie, les problèmes cardio-vasculaires, l'obésité et certains cancers 400_F_5052398_xOqRC6f95OGal4w7bMFPtlvQxhKlW1CKsont des pathologies moins connues d'une ingestion régulière d'acides gras saturés dont l'huile de palme est un représentant de choix et qui compose les meilleures recettes céréalières.

 

Utilisée à outrance dans les gourmandises à destination de nos chères têtes blondes (céréales, margarine, crème glacée, biscuiteries, pains industriels, barres chocolatées...), cette graisse aux propriétés très économiques est présente dans 1 produit sur 10 de nos supermarchés. Si les multinationales Unilever, Nestlé ou Procter & Gamble évitent soigneusement de s'en lécher les doigts (trop gras ! Pas fous, ça boucherait leurs artères !), leurs babines salivent à l'idée de l'abondance de fric que génère chaque année cette corne de la décadence alimentaire !

 

culture_de_palmier_a_huileLa recherche de profit est non seulement menée au détriment de la santé du consommateur mais également au mépris de notre écosystème et de son équilibre.

La forêt primaire indonésienne se vSumatraDeforestationoit légalement braconnée ; ses arbres centenaires sont abattus par milliers pour laisser place à la culture extensive des  palmiers. Une menace réelle pèse sur le climat et la biodiversité de la région dont l'Orang-Outan, en mal de nourriture et d'espace vital, incarne la triste histoire écologiqueorang_outanld04.

Le croirez-vous ou non, le commerce de l’huile de palme pourrait causer, de manière directe, l’extinction des grands singes de Sumatra d’ici 12 ans.

 

 

J'ai toujours pensé que la perfection ultrabrite du sourire de Guntar n'était pas humaine. Certains 1704_kinder_Schokoladeprétendent que l'éternelle jeunesse du fétiche de la marque dissimulerait un terrible secret : une entente scellée avec un démon nommé Kinder, répondant aux ordres du tyran OMC (et non DMC pour185_0_33_42_image_file1_8a1ce6e959ffb7bdb73efebb482a2b1c674f00d9_m les fan du manga éponyme), qui achèterait notre silence contre des dollars et du bon lait. « ...des divagations d'esprits chagrins dont les mères les auraient privé de notre chocolat » ironiseront les RP du groupe. Mais le lecteur n'est pas dupe et le consommateur de moins en moins... bien qu'il préfère aujourd'hui se bander les yeux pour déguster ses carrées d'huile aromatisée. La tranquillité quotidienne de l'esprit est précieuse ; l'abandonner pour l'agitation d'une perpétuelle lutte, parfois vaine, relève du même ascétisme engagé que l'entrée au cloître.

En revanche, lire attentivement les étiquettes des produits que nous achetons, prendre connaissance de leurs ingrédients (du moins ceux qui nous sont intelligibles) et boycotter les marques entretenant le problème représentent des comportements à la portée de tous que les plus responsables d'entre nous n'hésiteront pas à adopter.

 

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Loin de moi, l'idée de guider votre choix dont vous resterez les libres titulaires.

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Il est évidemment hors de question de recourir aux mêmes méthodes de communication agressives employés par ces groupes mercantiles sans foi ni morale (car la loi, leurs lobbyistes la font et la défont). Non, je ne vous abreuverai pas d'images répétées qui, insidieusement, marqueront vos esprits en y laissant une imperceptible emprunte.

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Il en va de mon ethique. Si vous réfrénez l'achat des produits de ces marques, vous le ferez en votre âme et conscience, fort d'une connaissance large du sujet.

Avant que Greenpeace ne révèle en 2007 cette aberration, j'avoue m'être satisfait, dans une ignorance complaisante, à ne rien savoir du contenu exact de mes pétales de tigre sucrées ni de l'origine des cuisses de grenouille action_huile_de_palme_indonesie_1caramélisées dont je me gavais sans retenue le matin, tel un froggy américanisé.

Évidemment, le cycle des aliments qui composent mes assiettes et mes gouters me sont tout autant inconnus. Pourtant, sur le marché, le demandeur est bien la finalité de ce qui se vend. Sa satisfaction est un des éléments de survie des entreprises. Si j'aspire désormais à meilleur, moins cher, bon pour la santé et l'environnement voire issu d'un commerce équitable, je peux décider de ce que je mange ou bois et par voie de conséquence de ce qui pourrait être produit pour me satisfaire (des matières premières et des procédés). Bien que cela nécessite un investisement temps/argent plus lourd, je peux aussi choisir de m'alimenter par mes propres moyens, localement, différemment.

Gardons foi en notre capacité à changer le monde. La citoyenneté est un sacerdoce quotidien dont le large exercice nous libèrera de l'aporie idéologique.

02 mai 2010

De retour !

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Si la quête rétrospective s'est interrompue depuis quelques mois, elle le fut au profit de nouveaux projets qui génèreront eux-mêmes le partage de souvenirs.

A l'image de la conquérante et impétueuse ambition d'un CLAUDE_LEVI_STRAUSSMatt Pokora sur le flex, le blog est de retour pour tout péter... euh, déconstruire, voulais-je dire au sens de la démarche structuraliste straussienne investiguant les mythes et mythèmes, les soubassements de nos cultures, rites et croyances. Oui, là, je crois que ça colle davantage à ce qu'on fait ici, toute approximation et généralisation abusive mises à part !

Je profite de la redynamisation de notre espace d'échanges (que j'espère durable) pour saluer mon maître initiateur à la cause sémiologique, j'ai nommé Jean-Didier Urbain, anthropologue, professeur en sciences du langage appliquées aux sciences sociales (Université de Versailles/ Saint-Quentin-en-Yvelines), et Directeur de recherches en Sciences du langage (Université de Paris V-Sorbonne, département de Linguistique Générale et Appliquée). Il est membre de plusieurs groupes de recherche 6567_1s'appliquant à étudier les questions du voyage et du tourisme, topiques dont il est maintenant passionné depuis plus d'une dizaine d'années.

Il est en autre l'auteur de L'idiot du voyage (Payot, 1993), Sur la Plage (Payot, 1995), Ethnologue mais pas trop (Payot, 2003) ou encore Paradis Verts (Payot, 2008). J'ai encore le souvenir de sa brillante analyse de la BD belge du premier quart de siècle, de son habile mise en abîme du Voyage au Centre de la Terre ou encore de ses décryptages labellisés CQFD de panneaux publicitaires rapprochant entre les lignes l'enrôlement militaire du mythe fondateur d'une nation.

Atypique parmi les sociologues (le port du Lacoste vert pastel catogané s'oppose au complet velours soixante-huit450032523ard barbu), coupable de traîtrise pluridisciplinaire pour les uns, collabo éhonté fricotant avec le monde des journaleux pour les autres, Jean-Didier Urbain représente pour son auditoire cette ouverture rare qu'un lettré offrirait au scientifique ou que le sauvage exotique délivrerait à l'homme contemporain. Si quelques esprits piquants croient à la supercherie du personnage, j'atteste sur l'honneur que ses lunettes, sa moustache et son nez sont authentiques et ne s'apparentent en rien aux quelconques articles d'un magasin de farces et attrapes !

Si Allah le veut bien, il sera dans les mois à venir l'invité très spécial de nos pages. D'ici là, je vous convie à suivre en ligne une conférence que JDU (ou Jean-Didou, comme on préfère) a tenue en 2000 sur les problématiques de tourisme et de mobilité (Gaël et Elodie de Brest pourraient être intéressés par le traitement du sujet). Bien évidemment, vos contributions demeurent les bienvenues pour alimenter ce thème intarissable qu'est la rétrospection.

A toute de suite pour de nouveaux partages !

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04 décembre 2009

A vous d'écrire...

EcrivainDans un souci d'ouverture et de diversification de l'expression, Retrogeek a choisi de faire appel aux rédacteurs en herbe ou confirmés, désireux de partager leur expérience sur un petit bout de papier électronique.

Si publier vos propres articles rétrospectifs vous intéresse, contactez-moi, je me ferai un plaisir de vous détailler la marche à suivre (ouverture des droits, aide à la mise en page et à la publication...).

33489030gerard_blanc_une_autre_histoire_special_remix_jpgGrâce à son tube éternel "Une autre histoire", Gérard Blanc vous initia à la poésie musicale et vous réconcilia avec le port de la moustache. Vous souhaitez à présent le remercier en lui rendant un vibrant hommage. Un temple vous le permet : retrogeek.canalblog.com

76611394sabrina_boys_jpgSabrina, en exhibant ses plus beaux atouts, transforma, à jamais, notre vision de la gente féminine. La femme ne fait pas que pleurer ou jouer à la poupée, elle aime aussi se baigner, taper dans un ballon et porter des maillots de bain sans bretelle (je vous avais promis du sexe...). Si vous devez votre hétérosexualité à cette poitrine sautillante, venez-en parler à nos thérapeutes. Si vous avez tourné les talons à la vue de ce débordement de chair, prenez rendez-vous auprès du secrétariat du cabinet retrogeek.canalblog.com. Notre devise : nous n'avons aucune réponse à vos questions. Alors posez-les !

51181201patrick_hernandez_born_to_be_alive_the_87_remix_by_remix_machine_jpgPatrick Hernandez vous a montré qu'en cachant vos pustules et votre horrible visage, vos chances de succès demeuraient intactes. Il vous a, en outre, prouvé qu'un français ne maîtrisant pas la langue anglaise (ou petit niveau TOEIC) pouvait, malgré tout, faire carrière à l'étranger. Si vous souhaitez donner l'espoir aux plus démunis d'entre nous, le cercle retrogeek.canalblog.com saura vous tendre les bras.

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Vous vendez votre voiture et cherchez un bon site d'annonces... pourquoi ne pas aller voir ailleurs. Vous désirez témoigner de votre passion totale pour le jeu vidéo Zelda et discourir de cette philosophie chevaleresque que Link a fait vôtre (Eh baby, j'viendrai te chercher à la sortie du lycée avec mon carrosse), alors, oui, retrogeek.canalblog.com est le talk-show qu'il vous faut. Vous pourrez vous y épancher en public (restreint pour le moment, je dois bien l'admettre).

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Si vous reconnaissez que votre rapport à la négritude serait tout autre sans la Compagnie Créole, que vous ne seriez probablement pas de ce monde si vos parents n'avaient zouké au Bal Masqué et qu'à l'écoute de la musique antillaise, votre corps se met instinctivement en mouvement, alors, il ne vous reste plus qu'à emboitter le pas kolé-séré sur la piste dansante de retrogeek.canalblog.com

Vous l'aurez compris, quels que soient le souvenir, le media (livre, musique, cinéma, télévision...) ou votre facilité d'écriture, nous vous serons reconnaissants de nous faire partager vos meilleurs et pires moments de rétrospection.

A vos plumes, prêtes et prêts, grattez !


02 décembre 2009

Syndication et aménagements

Le blog n'en finit plus de se développer et accueille la modernité en son sein via la syndication.

Qu'est-ce donc que ça, me demanderez-vous ?

flux_RSS_xml_phpLa syndication autorise la mise à jour automatique de liens vers les sites Internet dont je recommande la visite. Autrement dit, elle facilite le suivi de leur actualité par l'affichage des derniers articles parus.

Rien à voir donc avec nos organisations représentatives du personnel ou encore l'union des copropriétaires de votre immeuble.

Les premiers liens RSS sont présents au bas de la colonne de droite :

  • RETROPADDLE,

  • TERRA PIXELA,

  • GEEK VINTAGE,

  • EBOY BLOG,

  • LOST TREASURE FR,

  • PROJET VEDA,

  • ANNEES 80,

  • 720 LIGNES.

D'autres adresses suiveront par la suite.

Le blog a du coup bénéficié d'un aménagement de ses rubriques dont je vous laisse la primeur de la découverte. Vous me direz si votre surf en est plus aisé.

Enfin, un nuage de tags (au bas de la colonne de gauche) fait son apparition dans le ciel de la rétrospection. La taille des mots est fonction de leur occurence dans les articles ; plus ils sont cités, plus leur police de caractère est grande. Cette innovation ne manquera pas de satisfaire les bibliothécaires en herbe et les fanatiques du référencement par mots clefs.

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01 décembre 2009

Cagoule et passe-montagne

Benoît : "Non, non, Maman, c'est bon, il fait assez chaud dehors. Y'a pas b'soin..."

Maman  : "Viens ici, Benoît. Tu ne vas pas à l'école sans CAGOULE."

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297589488_212e6a85aaDes perles de sueur égrainées en chapelet roulent sur mon front rougi par l'effet d'une température interne magmatique. Il est 8h30. Les démangeaisons s'intensifient dans mon coup à s'en arracher le derme. La laine me pique le bord des yeux et mes oreilles fument à travers les mailles. Mon supplice général en devient si insupportableCollier_et_masque_de_fer que j'attends dans une frénétique impatience la sonnerie qui nous fera entrer en classe, cette délivrance (c'est dire !). Je pourrai alors, une fois que le rang par deux sera respecté de tous (pourvu qu'il le soit vite, Mme BIGOT est très pointilleuse), retirer cet instrument de torture tricoté dont se complaisent à nous affubler ces démoniaques adultes : la cagoule.

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Merci à tous ces inconnus pour avoir tenu la pose malgré leur bouillonnement intérieur.

3247129012_36a40cd9a6Entre nous, ces derniers n'ignorent en rien les désagréments de la cagoule ou du passe-montagne et s'arrangent bien volontiers pour ne jamais en porter, comme l'atteste la photographie ci-contre, où l'adulte expose crânement son crâne à l'air libre, préférant lutter contre le froid plutôt que d'habiller ses lobes de laine. Pour l'enfant, le calvaire se poursuit jusqu'aux vacances de neige avec pour souffrances additionnelles, le nez qui coule, la morve qui gèle sur le rebord de la cagoule  et irrite les petits naseaux. La faute à une respiration haletante dont le souffle humidifie à l'excès le casque en laine, les lunettes de ski se retrouvent totalement embuées au point de 6a00e54ed2f4f0883300e5509712c88833_800wiplonger l'enfant dans un épais brouillard. La dynamique vicieuse s'enclenche alors : l'enfant chute, ses fesses sont trempées, le froid lui glace les os (papa souhaitant profiter encore un peu de la poudreuse), le nez rougit et le petit choppe la crève !

torture2Si le port de la cagoule (et non du voile) était un acte de foi, tous les enfants seraient des martyrs. Le sadisme des parents ne connaît aucune limite dès lors que le mal est commis dans le bien de leur progéniture. J'en veux pour preuve : combien d'innocents furent contraints d'avaler par doc_11105dla force un aliment qu'ils détestaient. Et vous, devenus parents, perpétuez-vous cette longue tradition de la torture ordinaire ?

Le vice va si loin que mes bourreaux continuent 201610012_32fa443d32aujourd'hui - alors que je suis adulte - à me supplicier à coup d'assiette d'arêtes, de soupe aux légumes cuits à la vapeur que même mon, feu, cochon d'Inde dédaignait (courgette, aubergine, potiron...) ou d'épinards si fériques (et non féériques) qu'ils reconstruisent en bouche un appareil dentaire et ses élastiques (cf. article sur le riz au lait pour complément sur l'horreur culinaire).

12image_insolite02De retour en classe, si le soulagement était profond après nous être dévêtus, nous conservions les stigmates de la cagoule : une électrique coupe de cheveux qui nous ridiculisait aux yeux des autres jusqu'à la récréation. Comme si les couleurs 3636762542_c8586dc9abcriardes de ce tricot de Satan (orange bariolé de kaki, bleu marine ou gris, selon les mères et les pelotes de laine qu'il restait) ne suffisaient pas à notre malaise esthétique.

IMG_2877ecole1Sauf à subir le zèle d'une maîtresse en début de carrière qui aurait veillé à ce que ses élèves sortent couverts et y restent, la récrée marquait le temps de la vengeance à l'encontre de l'ennemi laineux. Comment, vous étonnerez-vous ? Après que la cagoule ait énergiquement tourné au-dessus de nos têtes, nous la lancions d'un geste sec à la figure de nos camarades, expurgeant ainsi nos souffrances et notre haine envers cette poche maléfique.

adam_eveQuand je dis "nous", il faut y entendre "les garçons", car les filles, sages de réputation (du moins, à cet âge-là), n'étaient pas tout à fait logées à la même enseigne (oserai-je dire, comme d'habitude).

t_cagouleQuand une maman (ou mémé) tricotait une cagoule pour son fiston, le couvre-chef était en grosse laine, donc piquante et chaude, orange, rouge ou kaki (ça je vous l'ai déjà dit), bref rarement design, inconfortable au possible, plutôt basé sur le patron Phildar v1.5, celui avec les oreilles couvertes et les bandes dans l'air coloré du temps (comprenez, les années 80). Ci-dessous, le tout premier modèle profilé, responsable et coupable du fléau et dont on aurait aimé qu'il soit oublié à jamais voire qu'il disparaisse dans un incendie volontaire. Je joins également la probable v0.1 de la cagoule, inspiration initiale du tailleur fou, en cotte de maille bien lourde, dont la vocation première était éminemment différente. Des coups de masse d'arme ou de glaive, nous nous sommes, avec les âges, protégés des coups de froid. Le barbare, en se civilisant, est devenu frileux. La prochaine étape dans l'évolution : la recherche de confort et pourquoi pas la coquetterie !

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Pour les fifilles, l'affaire prenait, dès le départ, une toute autre direction. Souvent acheté dans le commerce, parfois tricoté main (et oui, on dépense davantage pour habiller cagoule2sa poupée que son Big Jim), le capuchon répondait à une attente complémentaire : seoir à la demoiselle. La considération esthétique comme la recherche de confort entrait donc en piste aux côtés du sacrosaint dogme utilitariste (protection contre le froid, le vent, les gerçures...). C'est ainsi qu'une très grande variété de cagoules, déclinées dans des tons pastels (jaune, vert, rose, bleu), rechauffa la froidure des cours d'école. Du modèle simple mais confortable porté par les petites de maternelles et CP (1), la gamme s'étendait pour les CE1-CE2 à une collection hiver Fame-Flashdance (2), se distinguant par un accessoire indispensable : les jambières. Les grandes du CM1-CM2, matures dans leur tête (maman : oh, les filles sont bien plus matures que las garçons !), arboraient des ensembles tout droit sortis de la garde-robe de leur Barbie (3), les plus belles de la classe (et les plus riches) s'autorisant le port de complets classieux capuchon-ganté d'inspiration tsarine fin 19ème (4), Sissi l'impératrice (5), certaines glissant même vers le total-look "petit chaperon rouge" (6), en rien too much.

1cagoule 27cypres 3cagoule_brazilia_p La balle des débutantes

L'aristocratie 4455288356_af6634fbbd 5cagoule1 6cagoulea_p 

Couvre-chef maudit par toute une génération de garçons, la cagoule, dans ses variations Dior, Hermès et Givenchy (voir ci-dessous pour les modèles les plus recherchés), est adorée des filles, du moins celles qui profitent quotidiennement d'une laine fine et douce (digne d'une pub Mir Laine), ce grand luxe.

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AMnormandeFort heureusement, il y a des bons côtés à tout, même à la guerre ("Allez, une bonne petite et tout ira mieux"). La cagoule ne fait pas exception à cette règle. Outre cette plaie ouverte sur nos crânes andriques, elle fut également l'objet d'attentats ludiques très amusants, tout particulièrement quand ils touchaient les filles. Préparée rapidement et dans le plus grand secret, l'attaque visait à tirer d'un coup sec la cagoule d'une victime choisie, pour le défi, pour ses conditions d'exposition facilitantes ou, tout simplement, pour sa sale tête (Jacques Martin : "les enfants sont cruels..."). Effet de surprise, énervement voire hystérie garantis pour un délit dont la gravité demeurait mineure (Mme TIBAUDEAU : Benoît, présente tes excuses à la petite Karine), Cour1sauf répétition excessive ou acharnement (Mme ESPERS : Ca suffit, Eric. Va au coin !). Il faut bien dire que quand on tire, ça coince un peu au niveau du nez ce qui peut titiller l'humeur, même des plus tranquilles.

Quand l'attentat réussissait sur une cible féminine à forte notoriété (parce qu'elle était belle, très moche ou tout simplement haïe), l'acte valait le respect de toute la confrérie masculine. Nous étions d'ailleurs convaincus que la grande spiritualité du geste commis conférait à son auteur un charisme tel que sa victime ne pouvait que tomber sous le charme, bien que son comportement fasse état du contraire (mais c'est le propre des filles, c'est bien38000069_ccd14e0025 connu). Bien sur, cette croyance ne s'appliquait qu'aux victimes dont la beauté était appréciée par tous. Moches, elles recevaient une juste leçon à la hauteur du préjudice qu'elles infligeait quotidiennement à la société (Jacques Martin : "les enfants sont merveilleux mais tellement cruels" (bis)). Seules quelques âmes sensibles (dont moi, figurez-vous ; l'esprit chrétien, surement) s'appliquaient à consoler ces souffre-douleurs, dépourvus d'humanité aux yeux des patriciens.   

f98b106acc162046Et dire que ma mère s'étonnait que je perde aussi fréquemment ma cagoule (comme mes bonnets ou mes gants d'ailleurs) ! Comment2037637502_711c58236f aurait-il pu en être autrement ? Entre la haine que je vouais à ce tricot malfaisant et le traitement qui lui était réservé aux heures de récrée, sa perte (volontaire ou non) était difficilement évitable. Je vous fais grâce de la tristesse de l'enfant quand, au lendemain matin de la disparition des preuves, la maîtresse restituait, dans un sourire professionnel et satisfait, à sa mère le couvre-chef égaré. Un bourreau renait toujours de ses cendres pour hanter ses victimes !

2545781e0fe02336Si ma mère avait accédé à mes requêtes, mon souvenir de la 335598008_020f5c2dfdcagoule serait aujourd'hui toute autre. Etait-il si difficile d'accepter d'échanger mon passe-montagne tout nul  contre une belle cagoule profilée du GIGN ou encore un masque de Spiderman ? Si leur confort m'est inconnu, ces deux équipements auraient fait l'envie et l'admiration de tous mes copains. Certes, la maîtresse ne l'aurait peut-être pas entendu de cette façon mais who cares ? La maman ? Ah bah voilà, comme toujours...

A présent, le mal est fait et les séquelles demeurent vivaces !

Aaaaaaaaaaaaah ! J'abhorrerai jusqu'à la fin de mes jours ce satané casque en laine que King Ju a choisi de retourner contre lui-même dans sa démence vengeresse et auto-destructrice.

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Porte-étendard d'une génération traumatisée par les années 80, l'éducation, l'école et la nature humaine, il revient, adulte, pour mettre un coup dans nos enceintes (et non dans les femmes enceintes, pas de malentendu).

Habité d'une hargne comico-dérangeante, il nous décrit cet enfant rejeté par ses pairs qui subit les affres de sa condition, dans une acceptation quasi christique. Le colin froid et la cagoule sont évidemment de la partie !

Vous arrive-t-il de vous gratter le crâne sans raison ? Croyez-vous vraiment que ce tic soit sans rapport avec notre sujet ? La cagoule marque plus les têtes qu'elles ne le pensent elles-mêmes...

29 novembre 2009

Happy 1000

1000Alors que nous abordons dans quelques jours le 8ème mois d'existence du blog, nous nous réjouissons d'une aberrante réaction du monstre tentaculaire qu'est Internet : au 29 novembre, 00h25, plus de 1 000 visiteurs se sont égarés dans nos pages (sans d'ailleurs que celles-ci ne soient méthodiquement référencées) !

1 000 personnes... Pour mieux nous les représenter, observons ensemble les quelques photos ci-dessous. Chacune dénombre environ un millier de têtes (et donc près de 2 000 bras et tout autant de jambes, cul-de-jattes exclus). De la manif' des lycéens trop contents de sécher les cours (1) au meeting de Bayrou en salle polyvalente à Bagnères-de-Bigorre (2) pour finir sur un show démago de la si belle Ségo (3), ça fait un paquet de monde qui glande sur nos pages ! Et moi qui me sentais un peu seul avec ma plume... me voilà ragaillardis !

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Imaginons-les, tous derrière leur écran à parcourir un papier sur l'art philosophal du jeu de billes ou la dégustation exotique du riz au lait vanillé. pixxxel_amusement_jean_yves_lemoigne_01Certains ont même fortuitement gonflé les chiffres de consultation de l'article G.I. Joe après avoir tapoté dans leur moteur de recherche "femme gros seins collant moulant". Une grande déception a du étreindre ces malheureux à la découverte de l'involontaire tromperie. Promis, les femmes et le sexe seront mis à l'honneur dans les prochains sujets. Je racole pour la beauté du score et la lucrativité de mes futurs bandeaux publicitaires !

1000_frEn aparté, 1 000 correspond également à la moyenne quotidienne mondiale de tués par armes légères et petits calibres. Une préoccuppante épidémie sans vaccin ni tamiflu qui n'intéresse guère que les trafiquants ou amateurs de gangsta rap. Passons donc sur le sujet et revenons à ce qui fait l'actualité, la vraie : le boom du blog !

statEnregistrant une réelle montée de lait au cours des tous premiers mois de son lancement (lié à l'attrait probable de la nouveauté et à la rédaction rapide d'articles promoteurs), le site a vu son nombre de visiteurs légèrement décroître (activité du blog mensualisée eu égard à un fort positionnement paternel pré et post-natal + effet notable de la publication de papiers de niche) pour se stabiliser autour d'une moyenne de 150 gugus mensuels, parmi lesquels une trentaine de pèlerins (qui se reconnaîtront), fidèles à la cause rétrospective, déambulant dans les articles, bâton en main, en quête de sens, d'amour et de mémoire fraîche.

 

 

5chouxjalhayD'un succès d'estime, l'aventure retrogeek s'est transformée en plébiscite populaire (à moi les petites pépé...) avec, rendez-vous compte1072179098_e1b830d7f8, une moyenne globale, toute période confondue, de 125 visites mensuelles et plus de 4 connexions quotidiennes ! Le compteur Google ne s'est pas encore remis de son vertige. Quant à moi, je commence à éprouver le mal des hauteurs et sens, par anticipation, mes chevilles enfler à la lecture de vos commentaires flatteurs et mondains. 

alexanderplatz_19Bien sur, parmi tous les curieux, beaucoup nous ont quitté trop vite. Si le blog a trouvé son petit lectorat-souche, il demeure massivement un lieu de passage, de transit d'anonymes en mal de découverte, une Alexanderplatz, exposée à des vents tourbillonnants, et dont l'histoire aurait été sacrifiée sur l'autel du Dieu Surf.

3 visiteurs sur 4 ne font que passer, d'après les sources de la Stasi retrogeek.

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2639777896_759fcd6897Pour celles et ceux qui s'attardent et prennent connaissance du contenu (et ils sont méritants !), leur investissement se concentre, en règle générale, sur l'article du jour (ce qui est plutôt pas mal, compte tenu de la lourdeur des sujets et du style. Eh oui, j'écris à la manière de Marcel Prout !).

La variété des articles et leur nombre grandissant devraient nuancer à terme ces constats. L'expérience atteste en effet d'un possible lien entre le nombre de pages lues, le temps de connexion par personne et le nombre d'articles rédigés sur la 28période. Autrement dit, plus l'écriture est prolixe et plus le blog suscite la curiosité du lecteur et son désir de participation.

Car n'oublions pas le but ultime de l'entreprise : le partage des richesses, des expériences et des ressentis. Or, à l'exception de quelques initiés du web 2.0 et de proches compatissants et aimants, les fidèles de l'Eglise de la Rétrospection vivent et entretiennent plutôt leur foi dans le silence, le recueillement et la contemplation.

Gageons que ce concile de l'an Mil extravertira les consciences et dynamisera nos rites de célébration et d'échanges.

Allez dans la paix du geek !

25 novembre 2009

Unis par les liens du rétrogaming

 

2470816810_42cbd96511Si nos trajectoires sont personnelles, nous nous déplaçons tous (ou à peu près).

Aussi singulier qu'est notre itinéraire, il emprunte l'infrastructure autoroutière, souvent les voies goudronnées, parfois les sentiers perdus.

Nous sommes à la fois le carburant, le moteur et les gaz de notre véhicule dont nous enrichissons le mélange à la pompe de chaque carrefour.

Si nous étions un bus, le chauffeur serait inconscient, le contrôleur âgé de 7 ans et les passagers se révèleraient à l'image de notre planète : multiple, inégalitaire et paradoxale.

Et pourtant, "elle" tourne jusqu'à ce que notre tacot déniche la tanière du soleil !

Dans la préparation de cette rencontre (dont Rahan est l'organisateur), je vous convie à aborder une nouvelle rubrique intitulée # Projection # et à voguer vers les quelques liens qui la composent et qui élargissent les thèmes approchés dans les différents articles.

fleche_droiteLa rétrospection constitue une aide à notre projection dans le présent, au développement de notre faculté créatrice. Elle ouvre au respect et la compréhension de nos références, nos inspirations, nos intuitions et à leur dépassement.

Vous trouverez ces adresses au pied de la colonne de droite (couleur caca d'oie), sous le bloc archives. Au passage, libre à vous de vous inscivre à la newsletter !

En vedette américaine, le blog de eBoy, plusieurs artistes allemands dont Alice et moi-même avons connu l'oeuvre au Japon (via Reijin) et qui s'essaient à une déclinaison nouvelle : le pixel art, fusion enthousiasmante d'une passion pour le rétrogaming, les peintures de Bruegel et Sim City.

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De leur côté, exploitant au maximum les capacités musicale d'une Gameboy, les SidAbitBall font revivre les sonorités magiques des consoles 8 bits. Ci-dessous, une inattendue interprétation de la mauvaise réputation sur la scène du très électronique et très urbain divan du monde.

Parlons enfin de la Gaffa Gallery qui s'applique, en ce moment même (du 4 octobre 2009 au 31 janvier 2010. sources : www.gamesandgeeks.com), à éclairer sous un jour nouveau les ruelles anciennes de Sidney. Comment me demanderez-vous ? A l'aide de briques lumineuses dont l'inexorable chute du jeu Tetris aurait été stoppée par ces quelques murs... de briques.

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Est-il nécessaire d'aller aussi loin pour apprécier la folie du fan art ? Non ! Immodérément passionnée, la ville de Toulouse a choisi de se doter d'une bouche de métro à la gloire du jeu préféré de Newton (tout anachronisme égal par ailleurs). Au passage, apprécions le croquignolet nom de la station, témoin authentique du franchissement de la Loire.

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Assommée par cette démonstration de force, votre curiosité est devenue insatiable, votre désir de découverte empreint d'une ardeur que nul ne saurait réprimer. Enserrez-vous dès à présent des autres liens, vous, fétichistes du bondage culturel, et ne manquez pas de consulter régulièrement les mises à jour de la rubrique.

12 novembre 2009

Pierre et le loup

Certains sons nous parlent plus que toute voix.

Certains airs nous deviennent si vite familiers que nous les croyons anciens. Quand ils le sont réellement, nous remercions l'industrie du disque d'assumer pleinement ses outrages plagiaires (à conditon que les frais de justice soient ammortis, cela va de soi). Je sautille encore sur les tubes inédits des Tokio Hotel.

 

Il est définitivement des musiques qui véhiculent en leur portée plus qu'une onde ; elles forment un message codé, qui stimule nos représentations au contact phatique de nos sens. Si le cryptogramme cadenasse l'information et la trouble dans ses interprétations, il constitue paradoxalement la clé de notre schéma poétique où le code du message devient le message lui-même. A une question renvoient alors autant de réponses que de rapports au monde ou à soi-même différents.

6a00d83451e00c69e200e54f373cbd8833_800wiSi son écoute est reine, la musique est également signifiante pour qui sait la toucher, la sentir, la voir et se l'approprier.

Aussi, comprendrez-vous pourquoi je consacre les lignes suivantes au célèbre conte musical Pierre et le Loup ou devrais-je dire à l'apprentissage, par le petit Benoît, de ce sentiment cardinal qu'est la peur.

 

250px_Sergei_Prokofiev_02Sergueï Prokofiev, dans la composition et l'écriture de Pierre et le Loup (Петя и волк en russe), enseigne aux enfants en 1936 les sonorités de quelques instruments fétiches de l'orchestre. Tandis que le récit nous est conté, des intermèdes musicaux ponctuent ses phrases et donnent vie à l'histoire, animent ses protagonistes.

pn2082Pierre, un jeune garçon, dont la candeur naïve et la spontanéité trouvent leur expression dans la volatilité d'un quatuor à cordes, vit dans la campagne russe avec son grand-père, un basson bougon (comme l'étaient 95% des vieux avant que le 21ème siècle n'invente le grand-père retraité à 60 ans, en plein force de l'âge, heureux de vivre et donc sympatique avec ses congénaires). Un jour, alors que la porte du jardin est ouverte : un canard, pastoral et bucolique, profite de l'occasion pour venir tremper l'anche double de son hautbois dans les eaux de l'étang. Une querelle éclate avec un oiseau, une flûte traversière qui nargue le pataud bec plat de son agilité. En fond, dans le velour des pas d'une clarinette espiègle, un chat s'approche et guette ses proies ; l'oiseau, alerté par Pierre, s'envole pour se réfugier dans un arbre. L'attaque du chat échoue (pas facile à dire, ça).

Le grand-père de Pierre ramène alors le garçon à la maison et referme la porte, car un danger plus grand pourrait surgir : le loup. De fait, le voici, sombre et fier, qui sort de la forêt, dans le brouillard lugubre des cors pour perpétuer sa nature prédatrice. Le chat monte se réfugier dans l'arbre, l'oiseau file à l'anglaise (et non à la russe, cf. la bataille de Stalingrad) mais le canard, maladroitement sorti de l'étang, est dévoré par l'impitoyable loup (pour être exact, si le canard est bien ingéré, il ne meurt pas vraiment. Il survit dans l'estomac du loup et attend son heure pour en sortir !?! Enfin, c'est ce qu'on m'avait dit et ce qu'atteste le dessin ci-dessous).

 

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Vous attendez la suite de l'histoire ? Et bien, cela serait mentir que de vous affirmer que je m'en souviens. Pourquoi me direz-vous ?

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Pour une raison très simple : je stoppais l'écoute ou demandais d'arrêter la lecture ("c'est bon, maman, tu peux enlever le disque maintenant") au moment ou le loup s'apprétait à commettre l'irréparable. En conséquence, si la suite de l'histoire m'a bien un jour été contée, je n'en garde aujourd'hui aucune trace mémorielle.

Pourquoi agir ainsi, enchainerez-vous ? Pourquoi interrompre systématiquement le cours du récit ? Par manque de clairvoyance ? Par idiotie ? Par flemme ? Par goût de la subversion ? Par malignité ? Pourquoi, diable, un enfant se priverait-il du dénouement final d'une histoire ?

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Parce qu'il était terrorisé par le loup, pardi !

 

joshuahoffine_wolfLes enfants se croient cachés lorsque leurs yeux le sont. Ils se sentent également à l'abri quand la menace redevient silencieuse. Si certaines réactions de protection ou d'auto-défense nous semblent absurdes, elles prennent sens dès lors qu'elles sont appréhendées sous la focale éclairante de l'instinct.

En mettant fin à la lecture du disque, j'adoptais le comportement naturel le plus répandu face au danger : la fuite.

L'animal n'est plus ici un caractère de fiction mais une menace dont la réalité a pris corps par les cors. La musique a sorti le loup du livre et l'a fait entré dans ma bergerie d'enfant. Avouez que, vu sous cet angle, la situation aurait le don de susciter d'étranges réflexes auprès de chacun de nous.

screamfaceNous devons au cinéma d'horreur des dizaines d'années d'études et d'analyses minutieuses des éléments provoquant la peur. Si les films usant de vermines quelconques (araignées, rats, serpents, sangsues...) font sursauter les plus sensibles, les stimuli clés identifiés dans le déclenchement de la peur face au prédateur composent un cinq majeur :

  • wolf2il9Une gueule remplie de crocs, bavant et grognant,

  • Des griffes acérées,

  • Un mouvement rapide et furtif dans le décor,

  • Un animal/homme se déplaçant sournoisement en rampant,

  • Un animal/homme se déplaçant par saccades.

 

Vous en conviendrez, le loup compte certains des ingédients de cette formule horrifique.

Illustration parfaite des codes de l'épouvante, le film Alien - le 8ème passager - présente la prédation humaine sous sa forme la plus flippante. Cette créature hybride imaginée en 1979 par H.R. Giger, mi-organique, mi-mécanique, dont l'origine arachnéide extra-terrestre n'arrange rien, apparaît comme la résultante d'un improbable croisement entre un tyrannosaurus rex dans sa démarche, un orque épaulard pour la courbe de son crâne, un loup enragé par ses crocs imposants baignés d'une bave épaisse, un reptile venimeux dont la langue meutrière foudroie instantanément ses victimes et un homme squeletique et désincarné, revenu d'entre les morts pour chasser les vivants et dont la parenté avec le plus repoussant des insectes ne peut être mise en doute.

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En disséquant de plus près la peur du loup, sa composition se révèle multiple. A la crainte primitive du prédateur, se joingent ainsi la peur du noir (légendairement, les loups ont le poil noir et oeuvrent à la lueur d'une nuit de pleine lune) et l'angoisse de la mort. Les plus petits seront même effrayés par leur propre peur face au danger - dans la mesure où tout état anormal (comprenez, différent du bien-être) les trouble - .

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Dans le schéma de Roman Jakobson, nous avons peur à réception des signaux codés qui nous sont adressés (avec interférence ou non) et qui font sens au contact de nos représentations de la peur ou de nos dispositions instinctives face au danger (mort, maladie, noir, vide, prédateur...).

La connaissance/expérience est ce dont dispose l'adulte plus que l'enfant. Elle sert notre capacité  à aborder dans sa globalité tout message jusqu'à en concevoir son esthétique (fonction poétique), la forme meta-linguistique du langage, sa dimension cachée, préfèrerait dire Edward T. Hall (encore que, la parole n'est guère visible !).

3304277017_1e60a254caSi l'enfant Benoît a eu peur, c'est parce qu'il interpréta la menace du loup comme sérieuse, toute dimension égale par ailleurs (matériel vs. immatériel, réel vs. fictif, 2D vs. 3D...). Des passerelles se sont construites, floutant les frontières de mondes devenus poreux.

knowledge_mapLa réaction du petit Beubeu procède sans doute d'une forme de réponse instinctive, non-inhibée par la connaissance/expérience acquise avec les âges. Autrement dit, je ne réagis plus à l'évocation seule du loup ou de ses méfaits car je sais, aujourd'hui, apprécier la nature fictive du risque. En revanche, tout signe attestant de la présence véritable de l'animal (visuel, sonore, olfactif) et de son hostilité m'incitera à adopter une posture particulière de défense - j'espère, adaptée - : le repli, la confrontation (amicale ou belliqueuse) ou l'immobilisme (et oui, la crise de tétanie est une option possible !).

Qu'en déduire sinon que la connaissance, empirique ou théorique, représente la meilleure arme pour lutter contre nos peurs.

Il est des sons qui font chair les idées et enveloppent de tissu le language. Il est des cors qui soufflent la mort et annoncent sa venue.

Maintenant que vous savez, oserez-vous tenter l'expérience Pierre et le loup ?