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1bh00020aSi G.I. Joe a rencontré sa popularité française dans les années 80, dites-vous bien que ce soldat accompagnait déjà, quarante ans plus tôt, les lecteurs de Yank et Stars and Stripes sur les plages "comics" de Normandie.

gijoeat2À partir des années 60, le personnage de G.I. Joe prit forme au sein d'une série de poupées-mannequins articulées, anachroniquement, façon Big Jim. La ligne de jouets se diversifia petit à petit pour inclure des membres de toutes les branches du corps armé. Le nom G.I. Joe ne désigna plus alors un seul personnage, mais une gamme de jouets dont le fabriquant mondialement célèbre - que nous appellerons ASSPRO par souci de boycott - s'est récemment distingué pour avoir écarté Montcuq du plateau du Monopoly.

Merci à le secte marchande pour avoir su relancer ce bon vieux concept mafieux : Le jeu dont vous êtes le gogo, ou quand le propriétaire du casino exclut les joueurs qui gagnent. Et dire que la mascotte du Monopoly se nomme Monsieur Loyal...

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002Avec le Comics Marvel, le dessin animé G.I. Joe a été réalisé mi-1980 pour accompagner les ventes de l'impressionnante gamme de figurines et de jouets. A ceux qui croyaient l'œuvre, originale et dépourvue de tout intérêt commercial, un temps de deuil devra probablement être observé avant de poursuivre la lecture.

Certes le dessin animé G.I. Joe représenta une bel effort d'initiation des plus petits au culte de Mars (Sun Tzu s'en est d'ailleurs beaucoup inspiré pour rédiger son traité) et à la glorification des sympathiques Green Berets. Toutefois, un consensus se dégage clairement quant à la qualité d'ensemble de la série, conforme aux standards de productions américaines de l'époque : c'est pauvre, c'est très pauvre, c'est très très pauvre! (appréciez la figure de style, une magnifique répétition alitérée et gradée à la manière de Jean-Michel LARQUE)

 

 

GIJoe04Les G.I. Joe, appelés les héros sans frontières (traduction infidèle et éloquente par son ouverture internationale du sous-titre original a Real American Hero), constituent un groupe para-militaire aux multiples ramifications mondiales et disposant d’impressionnants véhicules de combat pour assoir la paix all over the world. Sous le commandement du Général Hawk (référence aux origines!), le groupe met tout en œuvre pour combattre l’organisation terroriste Cobra dirigée par un être malfaisant au visage dissimulé derrière un masque en verre, signe évident de sa lâcheté et de sa couardise (esprit Yankee, es-tu là?).

212dBqXgHbLNous passerons, sans nous attarder, sur les codes auxquels les graphismes "ennemis" font appel et qui s'inspirent autant des uniformes du Reich que de Dark Vador ou des cagoules du Ku Klux Klan, confère le buste de Cobra ci-contre, véritable incarnation du mal sur Terre. Je relève enfin la couleur pourpre qui teinte le serpent du logo (référence biblique?), probable allusion aux amateurs de vodka lénifiante. Côté gentil, suivant les bérets verts, nous retrouvons le héros (quasi super) en collant moulant, la femme à forte poitrine et l'ensemble des danseurs de Village People. Même l'indien et l'homme de couleur sont de la partie. Bref, c'est toute l'Amérique réconciliée qui fait bloc contre la vermine.

gi_joeLa première saison met en valeur les principaux agents G.I. Joe. On y découvre Flint, Duke, Lady Jaye, Oeil de Serpent, Loup de Mer, Bazooka, Dusty ou encore Pied Blindé. Côté Cobra, les premières figures marquantes du groupe se révèlent : Destro (personnage trouble au masque d'argent), la Baronnesse, les jumeaux commandants de la garde pourpre Tomax et Xamot, le ninja Tonnerre ou encore les mercenaires de Zartan, les fameux matamores.

GIJoe11La seconde saison ouvrait la voie à de nouveaux G.I. Joe (notamment le charismatique Sergent Slaughter, inspiré du célèbre catcheur, star de la WWF). L’innovation se situait alors plutôt dans le camp ennemi avec la prise de pouvoir de Serpentor, clone des tyrans de l’Histoire.

 

 

Vous l'aurez sans doute compris, le dessin animé G.I. Joe est moins l'objet de cet article que les jouets qui s'en inspirent. Je note néanmoins, que sans ce premier je ne me serais jamais tourné vers ce second. En d'autres termes, je suis victime d'une stratégie marketing efficace dont je vous laisse juge de la moralité.

115992472_f7d8130a74Si on me questionne, je dirais subir, dans un bonheur rationnellement modéré, ma condition de pion du grand capital. En effet, j'appréhende intellectuellement et avec regret ce conditionnement mais ne peux m'empêcher d'être heureux de le vivre et de féliciter ceux qui m'y ont soumis. N'est-ce pas là un des buts recherchés de la conquête des cerveaux ?

Entre publicité, marketing politique et propagande, la frontière est parfois ténue. Si l'intentionnalité d'ASSPRO consistait bien à vendre des jouets, des représentations et des messages politiquement et philosophiquement orientés - maîtrisés ou non par les auteurs - sont malgré tout diffusés à des enfants dont l'esprit critique s'amorce sans encore s'affirmer.

 

art_propagande_amerique_imperialisteEn conséquence, que conclure des héros sans frontières américains après un épisode ? Qu'ils sont justes et sauvent le monde ? Que sans arme et sans armée, la paix ne peut être rétablie ? Que le mal s'habille différemment de nous (rarement en Prada, plutôt en Galiano), fomente en secret des plans de destruction massive, porte souvent des masques, des cagoules, des voiles ou des peintures de guerre et rit de manière inopportune, comme pour affirmer le caractère incurable de sa folie terroriste ?

"Le mal est mal par nature et nul ne peut le changer. Nous avons besoin de toi pour lui botter le derrière" (traduction "maison" de kick his ass) ! Par le passé, Monsieur Loyal aurait certainement défendu de tels propos.

 

 

Intéressons-nous à présent aux jouets de la marque. Contrairement à l'animé, les figurines et véhicules cumulent les atouts :

  • StormShadowLargeLes nombreuses articulations à 360° (tête, épaules, coudes, torse, genoux) conféraient une vitalité aux personnages telle qu'elle leur permettait d'adopter un grand panel de positions humaines, même les plus loufoques;

  • Le character design de la gamme était très réussi. Peu de figurines souffraient de ridicule ou étaient susceptibles d'intenter une action en justice contre leur modeleur. Les couleurs étaient bien rendues, les finitions irréprochables, la solidité plus que raisonnable dépareillaient à une époque où la qualité se payait de plus en plus chère;

  • destro1Les accessoires équipaient en série les figurines et s'avéraient tous amovibles et interchangeables. De l'arme principale ou secondaire au sac à dos ou une cape, toutes les combinaisons étaient imaginables;

  • La rareté des modèles était toute relative; en cherchant bien dans les rayons de Maman et Nathalie (le feu magasin de jouets de mon enfance), vous trouviez votre bonheur, même le ninja blanc;

  • Le prix d'une figurine, quoiqu'élevé pour un petit de 10 ans avec 10 francs d'argent de poche par semaine (pour s'acheter initialement Joystick Hebdo), restait abordable pour les parents (35 francs la figurine en 1988) et permettait les cadeaux faciles et à forte valeur affective;

  • SGIjoe_pubPlus chers mais compléments idéaux aux histoires, les véhicules et autres bunkers étaient parfaitement conçus et toujours à l'échelle (ils accueillent en leur sein les personnages). Je jalouse encore Laurent pour l'hydroglisseur lance-missile qu'il avait reçu à Noël. Je salive toujours devant l'immense porte-avion G.I. Joe, un des jouets les plus grands que je connaisse.

Et tout cela pour quoi faire, me direz-vous ?

Pour jouer, pardi ! Et raconter des histoires dans lesquelles nos héros triomphent avec panache de leurs ennemis jurés et de leurs sbires.

Sauf que moi, c'est pas les gentils que j'aimais incarner mais plutôt le clan Cobra. Pour tout vous dire, le seul G.I. Joe "gentil" que je possédais m'a été offert. Inutile de vous préciser qu'il a souvent été emprisonné, interrogé, parfois torturé. Si la série oriente james_bond3les esprits vers le Bien, mon imagination a généré tout le contraire. Je me suis plu à organiser des plans diaboliques (rarement menés à terme car il fallait bien passer à table). Tels les desseins fous des méchants dans les films de James Bond, mes forteresses sous-marines abritaient un missile nucléaire capable de détruire toute la planète, ou bien, camouflée dans la jungle, ma base cultivait les souches virales du chaos mondial.

Cobra trônait au sommet de mon organisation en s'appuyant sur Destro pour mener à bien les missions et la défense du centre de contrôle et de décision ; la propagande était confiée au Dr Cortex qui se chargeait également des interrogatoires de prisonniers VIP.

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Zartan coordonnait les Matamores, lieutenants punk mercenaires de mon armée de l'apocalypse, dont les seuls noms (Buzzer, Machette, Dynamite, Zarana, Tête brûlée et consorts) suscitaient la terreur de mes ennemis.

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Mes hommes de main : les gardes pourpres, fidèles et disciplinés.

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Alors que j'œuvrais pour le Bien avec les Lego, les Playmobil, les Action Joe, Musclor, la gamme G.I. Joe m'a définitivement acquis à la cause des Maîtres du Mal. L'idée d'être et de faire ce que je n'étais pas moi-même eut l'effet d'une révélation dont la véracité ne s'est probablement jamais essoufflée. A partir de ce moment, j'ai éprouvé un plaisir non-dissimulé à incarner les vilains en toute circonstance, que les jeux soient jouets ou vidéo.

Cobra_patchJe dois cette révolution personnelle à G.I. Joe sans que j'en comprenne pleinement les raisons. L'âge (fin de l'enfance, début d'adolescence) tient son rôle; l'expressivité des figurines aussi; le fait que personne ne voulait incarner les méchants parce qu'ils étaient justement méchants et se devaient de perdre à la fin du combat, malgré leur supériorité évidente (ce qui relève, vous en conviendrez, d'une injustice patente), mes débuts dans le cinéma et les représentations plus adultes qu'il véhiculait (et oui, à cet âge, une tolérance informelle me permettait de veiller après la diffusion de Il était une fois l'Homme, soit après 20h30), les valeurs qui m'ont été transmises et leurs repères moraux bien exprimés...

Tout ceci contribue à cet étrange état de fait qui m'amène aujourd'hui à être ce joueur invétéré, capable d'immoralité et des pires exactions (contrôlées, évidemment, je ne tue jamais personne) dans le cadre d'un jeux vidéo, de société, de rôle ou de cartes.

Et vous, aimez-vous faire (ludiquement) le mal ?

PS : vous comprendrez que je déconseille d'aller voir G.I. Joe au cinéma (actualité faisant). Si le film semble être de la même trempe que le dessin-animé éponyme, je crois juste de s'opposer à cette orgie sexagénaire de suscion de cervelles.